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7 minutes d’exercices pour rester en forme: une méthode réellement scientifique?

Par | Catégorie: Actualité, Décryptage | Le 02 sept 2014

Vous êtes peut être comme moi tombé sur cet article du New York Times (ou une de ses reprises en un quelconque langue) vantant les mérites d’un programme d’entrainement de seulement 7 minutes. Cerise sur le gâteau, ce programme est estampillé du label « scientifique ». Ce qui, dans 50% des cas, signifie que cela ne l’est pas vraiment. Le New York Times, chose louable, citant l’article original je suis donc allé y jeter un oeil. Alors, elle dit quoi la science?

De la science tronquée

Avant toute chose, je ne suis pas expert en sciences du sport et du mouvement mais, de par mon expérience, j’ai quelques bases en la matière et je m’intéresserai de toute façon quasi essentiellement à la partie science et logique de l’étude.

Normalement, lorsque l’on parle de science, on parle d’un processus qui, à partir de connaissances préalables, émet une hypothèse qui sera testée via un protocole expérimental reproductible. Les résultats sont ensuite analysés afin de confirmer ou infirmer l’hypothèse de départ. Ici, les auteurs de l’étude se sont contentés des deux premières étapes (ce qui est tout de même un bon début): ils ont lu la littérature pertinente et fait une hypothèse. Rien de plus. Leurs dires s’appuient donc sur de précédents de recherche mais rien ne valide ou invalide leur méthode.

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Un aperçu de la méthode d’entrainement proposée

Que dit l’article alors? Les deux auteurs font part d’un problème qui parlera à beaucoup: il est difficile de trouver du temps et du matériel adéquat pour faire de l’exercice et se maintenir en forme. D’ailleurs, ils ne parlent pas des gens en général mais de leurs clients. Dans le contexte d’un article scientifique cela surprend un peu mais chaque domaine scientifique a ses propres codes et coutumes. Est alors abordé l’existence des HICT (acronyme pour le terme anglais signifiant circuit d’entrainement à haute intensité), une méthodologie d’entrainement qu’ils n’ont en rien inventé et qui propose d’enchainer de courts exercices à haute intensité. Les HICT ont déjà prouvé qu’ils permettaient d’améliorer l’état de forme général, surpassant parfois d’autres programmes d’entrainement plus long.

Une hypothèse vague, pas de test

Les auteurs de l’étude proposent alors un programme s’appuyant sur ces principes et qui, de plus, peut être exécuté virtuellement partout. Il s’appuie donc sur l’usage de son propre poids comme force de résistance et ne demande guère plus d’accessoires qu’une chaise. Il propose d’enchainer des exercices de 30 secondes entrecoupés de pauses de moins de 15 secondes. En alternant des exercices faisant appel à différentes parties du corps, chaque muscle dispose donc de plus que ces quelques secondes de repos, ce qui permet d’optimiser le temps total de l’entrainement. Le programme proposé semble donc remplir toutes ces contraintes dictées par les besoins des « clients » et les observations faites au préalables par d’autres études.

Le tout semble avoir un minimum de sens mais le problème est que, si l’on considère que ce programme est une hypothèse scientifique, elle est tout d’abord mal formulée. Une hypothèse correcte définirait une population cible et un impact à tester (par exemple « ce programme améliore l’amour propre de trentenaires bedonnants ne faisant jamais de sport » ou, plus sérieusement, « ce programme fait dépenser plus de calories que le programme X chez des individus effectuant moins de 1 heure hebdomadaire d’exercice et ayant un indice de masse corporel situé entre 16 et 25  » – oui les hypothèses, c’est parfois rébarbatif). De toute façon, aucune expérience n’est conduite (ni proposée) pour tester cette pseudo hypothèse. Les études sur lesquelles elles s’appuient ont été exécutées dans des contextes particuliers (notamment, peu utilisaient seulement le poids corporel comme unique force de résistance – plus de détails ici, en anglais) et leurs conclusions ne s’appliquent donc pas forcément à ce programme.

Conclusion: ce programme ne sort pas de nulle part et s’appuie sur des études effectuées dans le domaine. Cependant, rien de scientifique n’est ajouté ce coup ci, il s’agit seulement d’une proposition d’entrainement comme le font régulièrement de nombreux profs de gym à travers le monde (mais eux connaissent généralement mieux leur cible). Son impact réel n’a pas été mesuré et aucune population cible précise n’est définie. Cela ne veut pas dire que le programme est mauvais, et si il motive de nombreuses personnes inactives à faire de l’exercice régulièrement alors c’est déjà un effet positif, mais rien ne permet de dire scientifiquement qu’il est pire ou meilleur qu’un autre.

Bonus track: quelques informations utiles

Ci dessous, quelques remarques issues de la lecture de l’article et qui peuvent intéresser ceux souhaitant essayer ce programme.

  • Il n’y a pas de population cible. Un athlète de haut niveau, un tennisman du dimanche ou un fénéant de première classe ne bougeant que peu de son canapé n’ont pas besoin de travailler de la même façon pour obtenir les résultats désirés. De par le contexte, on devine que les fameux clients sont des personnes ne faisant que peu de sport de manière régulière par faute de temps. Mais pas plus d’information.
  • Les auteurs eux même indiquent que, d’après le résultat d’autres études, un entrainement d’au moins 20 minutes est nécessaire pour ressentir des effets. Plus qu’un programme de 7 minutes, il semble donc qu’il faille faire ce programme au moins 3 fois d’affilée (ils recommandent 2 à 3).
  • Les effets escomptés sont le gain de forme physique et la perte de poids (ne vous attendez pas à des miracles non plus). Pour le gain de force ou d’endurance, le programme n’est pas adapté (notamment car l’on ne soulève que son propre poids).
  • Les auteurs semblent penser utile de préciser qu’il faut accepter de souffrir un peu. Ca reste du sport tout de même. Mais cela indique aussi qu’ils ne prétendent pas proposer une méthode miracle.
  • Le programme est déconseillé si vous êtes en surpoids ou obèse, sans aucune forme physique, si vous avez été récemment blessés ou être très âgés. Le programme, notamment les exercices en isométrie (sans mouvement apparent, comme la chaise), est aussi déconseillé aux personnes cardiaques. Dans un tel cas, consultez un professionnel de la santé.

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3 commentaires »

  1. Merci d’avoir fouillé pour nous…
    J’ajouterais juste un petit mot sur la dernière photo de l’infographie, concernant les abdos « abdominal crunch »…exercice extrêmement mauvais pour certaines catégories de personnes, à savoir les jeunes mamans au périnée fragile (qui justement veulent retrouver un ventre plat et donc plutôt tentées par ce genre d’exercice)…la tendance étant aux exercices d’abdos hypopressifs.

  2. Merci Pascale pour les précisions. Comme indiqué dans le dernier paragraphe, en cas de situation médicale particulière, le mieux est de consulter un professionnel de la santé qui saura proposer quelque chose d’adapté.

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