BiopSci

La science à portée de tous

Des bigfoots, des mouches et des bazookas

Par | Catégorie: Actualité, Biologie | Le 04 juil 2014
yet150jLe yéti, selon Hergé.

Vous vous rappelez peut être de l’annonce fracassante de l’équipe de Melba Ketchum qui avait déclaré avoir séquencé et caractérisé le génome complet de 3 individus bigfoot à partir d’échantillons de poils récoltés dans la nature. Le communiqué de presse était sorti avant même que l’étude ne soit publiée et l’auteure principale de l’étude réclamait déjà un statut politique pour cette nouvelle espèce cousine de l’Homme. En y regardant de plus près, l’étude ne tenait pas du tout la route et on pouvait difficilement en tirer quelque chose. La seule chose à avoir été mise en évidence était l’incompétence des auteurs de l’étude en matière de génomique et d’évolution.

Mais on pourrait approcher cette étude sous un autre angle, à savoir l’adéquation des méthodes utilisées pour répondre à la question: à quelle(es) espèce(s) les présumés échantillons de bigfoot collectés dans la nature appartiennent ils? L’équipe de M. Ketchum avait opté pour une combinaison de sciences forensiques et d’onéreux séquençage complet de génome. On peut comparer cela à essayer de tuer une mouche avec un bazooka. Seul problème, ils ne savaient pas pour autant manipuler ce fameux bazooka (rassurez vous, outre leur crédit scientifique, personne n’en est mort).

Une ménagerie, mais point de Yéti

Il y a en effet des manières bien plus simples et rapides de répondre à de telles questions. Et c’est d’ailleurs ce qu’ont fait les auteurs d’une étude récemment publiée dans le journal Proceedings of the Royal Society. Ils ont à leur tour récolté un ensemble d’échantillons supposés appartenir, selon les contributeurs, à des bigfoots ou leurs cousins yétis. Pour déterminer si ces échantillons provenaient d’espèces connues ils ont séquencé un marqueur moléculaire. Un marqueur moléculaire est une séquence d’ADN qui va nous permettre de déterminer si un échantillon appartient à une catégorie d’intérêt (par exemple, une espèce précise, un type de cancer,…). Dans ce cas, ils ont utilisé la séquence du ribosome 12S. Ce gène (un gène est un petit morceau d’ADN) est essentiel au fonctionnement des mitochondries et est donc présent chez toutes les espèces animales. Cependant, ce gène a une séquence unique chez toutes les espèces un minimum éloignées évolutivement, ce qui permet de les distinguer et identifier. En d’autres mots, en comparant la séquence de ce gène dans les échantillons à tester, on peut trouver de quelle espèce connue cet ADN se rapproche le plus.

Et dans la quasi totalité des cas, l’ADN testé correspondait exactement à une espèce connue dont des ours, chiens, chevaux, vaches, moutons, tapirs, hommes ou autre ratons laveurs. Exit donc l’espèce inconnue; hormis si la divergence a été extrêmement récente (l’étude ne permet par exemple pas de faire la différence entre un chien, un loup ou un coyote – des espèces très proches). De plus, cela montre que la majorité des supposées observations de big foot ou de Yéti sont généralement erronées. Un seul doute persistait quant à l’identification d’un échantillon dont l’ADN était identique à celui d’une espèce d’ours éteinte depuis 10.000 ans. Toutefois, selon ce très bon article de The Guardian, il semblerait que cette affirmation ne soit pas totalement exacte et que l’échantillon est en fait plus proche d’une espèce d’ours toujours en vie. Des données plus complètes devraient apporter plus d’informations quant à la nature réelle de cet échantillon.

Que retenir de cette étude? Tout d’abord, elle ne prouve pas que bigfoot ou le yéti n’existe pas. Une démarche scientifique ne permet normalement de prouver une absence. C’est pour cela que le doute sera toujours permis et que certains continueront à soutenir mordicus que tel ou tel animal existe malgré l’absence de preuve convaincante. Toutefois, il semble que lorsque quelqu’un fanfaronne qu’il a vu un bigfoot, il est plus probable qu’il ait en fait aperçu un autre animal bien connu (37 échantillons ont été analysés dans cette étude). Certains naturalistes en herbe, mais visiblement peu inspirés, ont même fait parvenir aux auteurs de l’étude des morceaux de végétaux ou de fibre de verre…
L’autre leçon est qu’avant de se lancer dans des grands projets ambitieux pour démontrer que bigfoot existe (ou tester toute autre hypothèse scientifique), mieux vaut considérer les options plus simples et bon marché. Elles vous permettront de rapidement savoir si votre échantillon est en fait un simple poil de cheval. Mais encore faut il vouloir l’entendre…

Aller plus loin

Un article testant grace à des méthodes similaires la provenance d’un échantillon supposé de Yéti. Un joli mélange de science et humour; certainement l’un des seuls articles scientifiques à citer Tintin et le capitaine Haddock. Pour info, l’ADN de leur échantillon concordait avec celui d’un cheval.
Un autre article de la sorte, ce coup ci, l’échantillon était censé être du bigfoot mais se rapprochait plutôt du bison (qui reste tout de même une grosse bête poilue ). Article en accès payant, donc c’est moins cool.
Deux articles datant de 1992 et 2005 décrivant la découverte de nouvelles espèces de mammifères (un bovin et un singe respectivement). Comme quoi, découvrir des (plus ou moins) gros mammifères poilus, c’est encore possible, ne soyons pas totalement fermés d’esprit.
Un billet de Pierre Barthélémy sur Hergé, le yéti et le paranormal.

créateur de BiopSci
Voir tous les articles de

2 commentaires »

  1. best way to smoke weed

    BiopSci » Actualité Biologie » Des bigfoots, des mouches et des bazookas

  2. Your style is really unique compared to other folks I have read stuff from. Thank you for posting when you have the opportunity, Guess I’ll just book mark this site.

Laisser un commentaire