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Un cancer contagieux? Une idée du diable!

Par | Catégorie: Biologie | Le 02 avr 2014

Le cancer, quelque soit sa forme, est l’une des principales causes de décès à travers le monde. D’un point de vue épidémiologique, la seule consolation est que cette pathologie est heureusement non contagieuse. Les raisons sont diverses. Tout d’abord, un cancer arrive lorsque, suite à des mutations de leur ADN, des cellules de notre corps commencent à proliférer de manière incontrôlée. Statistiquement parlant, cela se produit plus souvent dans des organes internes, empêchant le cancer d’entrer au contact d’un autre individu. Quand bien même cela arriverait, le système immunitaire humain est capable – grâce au complexe majeur d’histocompatibilité (ou CMH) – de détecter des cellules qui ne lui appartiennent pas. Dans un tel cas, ces cellules étrangères, cancéreuses ou non, seront éliminées. Hormis de rares cas, notamment lors de grossesses, le cancer est donc une maladie non transmissible chez l’humain. Sommes nous pour autant à l’abri? Peut être pas, si l’on considère ce qui se passe chez d’autres mammifères…

Un diable de cancer

tdDes diables de Tasmanie. Crédits: Stephen McGrathFlickr CC BY-NC-ND

En effet, chez d’autres espèces, il existe des cancers pouvant se transmettre d’un individu à un autre. Le cas le plus récent et le plus frappant est celui du diable de Tasmanie. Cet emblématique animal australien, vivant sur la seule île de Tasmanie (qui a tout de même une superficie équivalente à celle du Portugal), est en train de voir sa population décimée par une tumeur faciale (Cliquer pour voir l’image). Cette forme de cancer a été pour la première fois photographiée en 1996 alors que les fermiers locaux constataient une baisse de la population de ces marsupiaux. Depuis, ce cancer s’est propagé et a, dans certaines régions, anéanti plus de la moitié de la population initiale. Le fort taux de mortalité associé à ce cancer (100% sur une période de 12 à 18 mois), sa rapide transmission et sa résistance aux traitements mettent désormais en danger la survie de cette espèce.

En y regardant de plus près, des chercheurs ont pu mieux comprendre comment ce cancer est apparu et s’est transmis à de nouveaux animaux.L’analyse du caryotype (le nombre et la forme des chromosomes – voir ci dessous) de tumeurs provenant de différents individus a démontré des anomalies partagées. Les anomalies chromosomiques sont fréquentes dans les cellules cancéreuses mais leur caractère aléatoire fait que chaque cancer a des réarrangements uniques. Une telle uniformité entre individus montre donc que cette tumeur avait une même origine et est transmise d’un individu à un autre. Restait alors à savoir comment cette tumeur avait réussi ce tour de passe-passe de se transmettre et d’échapper au mécanisme de défense immunitaire de l’animal (le fameux CMH mentionné plus haut)?

carytype_tdCaryotype d’un diable de tasmanie sain (haut) et d’une tumeur (bas). Dans les cellules tumorales, certains chromosomes (par exemple 2, 6, X et Y) sont réarrangées ou altérés de manière consistante entre différents individus.

La réponse tient en deux éléments. Premièrement, quiconque a pu observer des diables de Tasmanie aura pu se rendre compte de leur tempérament fougueux, à l’image du plus connu d’entre eux, Taz. Les combats entre animaux sont fréquents, notamment en période de reproduction, et, pour un diable de Tasmanie, se faire mordre le visage n’est qu’une banale composante de la vie quotidienne. Rien de surprenant à ce que des diables ayant une tumeur sur le visage ou dans la bouche puisse disséminer quelques cellules cancéreuses sur le visage d’un congénère. La seconde étape est alors d’échapper au CMH. Pour cela, la tumeur passe en mode furtif. Le CMH reconnait le soi et le non soi grâce à des molécules spécifiques se trouvant à la surface des cellules. La cellules tumorales n’expriment pas ces molécules et le système immunitaire hôte ne peut donc pas les « scanner » pour déterminer si elles lui sont propres ou étrangères.

Ainsi, la combinaison d’un comportement virulent et d’une tumeur mal placée et invisible immunologiquement parlant a permis à un seul individu fondeur de diffuser un cancer qui oblige pour l’instant son espèce à écrire son avenir en pointillé…

Chez les chiens, un cancer millénaire

Le diable de Tasmanie n’est pas le seul mammifère à être victime d’un cancer transmissible. Les chiens, nos plus fidèles compagnons, sont eux aussi touchés. Mais si ce cancer est beaucoup plus ancien, il est aussi bien moins virulent.

Nos amis canins ont donc eux aussi leur cancer transmissible. Dans leur cas, il s’appelle CTVT (pour Canine Transmissible Venereal Tumor), il affecte les parties génitales (je vous laisse imaginer comment s’effectue la transmission) et résulte en une tumeur en forme de chou fleur bien peu esthétique (cliquez ici si vous souhaitez voir quelques photos). Mais, contrairement au diable de Tasmanie, ce cancer est moins mortel et est facilement éliminé par traitement. Une analyse du génome de plusieurs de ces tumeurs a montré que ce cancer pouvait avoir environ 11 000 ans et être apparu dans les plus anciennes races de chiens domestiqués. Il est par ailleurs connu des vétérinaires au moins depuis 1810. Alors que l’Homme domestiquait le chien, celui ci amenait avec lui sur les différents continents un autre compagnon. Un compagnon fidèle qui ne l’a pas quitté depuis.

Extinction ou co-évolution?

Depuis son émergence chez un individu il y a plus de 10 000 ans, le CTVT est donc devenu une sorte d’entité biologique parasite qui a développé des mécanismes permettant sa survie et diffusion. Le cancer affectant les diables de Tasmanie risque quant à lui de payer sa virulence et de disparaitre en même temps que son espèce hôte. A moins qu’il ne s’agisse d’une phase d’adaptation qu’ont potentiellement connue les ancêtres des chiens actuels et que diables et cancer vont co-évoluer afin d’atteindre un équilibre permettant la survie des deux parties. A titre d’espoir, certains individus maintenant en captivité, dont certains résistants au cancer, pourraient repeupler l’espèce une fois le mal passé.

Ces deux exemples nous indiquent que les cancers transmissibles ont très bien pu avoir un rôle important dans l’évolution et la disparition des espèces. Leur étude approfondie nous permettra peut être de nous tenir prêts le jour où une tel fléau frappera de nouvelles espèces. Ou l’Homme.

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3 commentaires »

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