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Quand Science s’attaque (presque) subtilement à l’open access

Par | Catégorie: Actualité, Open Access | Le 04 oct 2013

Le réputé magazine Science publie aujourd’hui un article intitulé « Who’s Afraid of Peer Review? » (Qui a peur de la revue par les pairs) dénonçant les mauvaise pratiques de certains journaux scientifiques à comité de lecture. A moins qu’il ne s’agisse aussi d’une attaque peu subtile contre les journaux en accès libre (open access).

Un faux article plutôt bien reçu

La démarche de John Bohannon, correspondant pour le magazine Science, a été d’écrire un faux article émanant d’un chercheur fictif issue d’une université fictive d’une ville bien réelle d’Erythrée. La fausse étude décrivait l’action d’une molécule pouvant potentiellement ralentir l’évolution d’un cancer. Seul problème, les données contredisaient totalement les conclusions.

Bohannon a donc envoyé cet article à près de 300 journaux en accès libre et attendu leurs réponses. La démarche classique d’un journal est de premièrement décider si l’article parait coller à leur ligne éditoriale et si le contenu semble de prime abord d’un certain impact. Si l’article les intéresse, ils l’envoient à plusieurs arbitres, des scientifiques experts dans le domaine de l’article, pour avoir une expertise technique sur le papier, à savoir si les expériences sont bien conduites et si les conclusions correspondent aux données présentées.

Les résultats de cette petite expérimentation peuvent paraître assez inquiétant: 157 journaux ont accepté l’article contre 98 qui l’ont refusé. Certains journaux ne semblent même pas avoir daigné envoyer le papier à des experts pour en juger la qualité tandis que d’autres l’ont publié malgré les critiques apportées par les experts.

Accès libre contre abonnements

Pour comprendre les enjeux de cette étude, il faut d’abord comprendre un peu mieux comment fonctionne le monde de la publication scientifique dans lequel deux principaux modèles de financement existent. Tout d’abord, le système historique d’abonnements. Les auteurs des articles cèdent leurs droits au journal qui vend des abonnements aux bibliothèque pour que les même chercheurs puissent avoir accès aux articles du journal. Ce système est très injuste et peu éthique (le travail de chercheurs payés par de l’argent public est jugé gratuitement par d’autres chercheurs et au final, une entreprise tierce, le journal, revend très cher l’ensemble de ce travail à ces mêmes chercheurs faisant ainsi des bénéfices énormes). Science fait partie des plus prestigieux journaux à abonnement.

Pour lutter contre les dérives de ce modèle de publication, de nombreux chercheurs ont milité pour et développé des solutions d’accès libre. Dans ce modèle, les auteurs de l’étude paient une somme variant de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros pour publier un papier. Cet argent couvre les frais d’édition et de publication de l’article. En contrepartie, les auteurs gardent la propriété de leur travail qui est accessible à tous (chercheurs comme citoyens) gratuitement. Les journaux en accès libre offrent donc une concurrence farouche et plus éthique aux mastodontes historiques de la publication dont fait partie Science.

Des dérives de l’accès libre

Le point mis en avant par Bohannon est que de nombreux journaux en accès libre ont une politique de publication non éthique. Or, il n’y a rien de nouveau de ce coté. Profitant de cette nouvelle mouvance, des éditeurs peu scrupuleux y voient un marché et montent leur business crapuleux. Après tout, il leur suffit essentiellement de recevoir des articles, les publier en ligne (pas de frais d’impression) sans trop regarder de quoi il s’agit et de facturer le processus aux chercheurs. Peu de travail pour un gain important, nombreux sont ceux qui se sont engouffrés dans la brèche.

Le problème des journaux prédateurs est connu. Jeffrey Bealls, un bibliothécaire universitaire de l’université du Colorado a établi une liste noire de ces journaux aux méthode peu éthiques. Et près de la moitié des journaux contactés par Bohannon proviennent de cette liste… Sans surprise, les journaux de cette liste ont quasiment tous (82%) accepté l’article contre « seulement » 45% des journaux n’appartenant pas (encore?) à cette liste.

Les journaux à abonnement sont ils des saints?

Rien de bien nouveau de ce coté ci donc. Les journaux en accès libre les plus réputés pour leur sérieux ont refusé l’article en question. Le problème vient donc de cette masse de petits éditeurs spammant quotidiennement les chercheurs afin de les faire publier dans leur ersatz de journal (et les chercheurs publiant sciemment dans ces journaux sont tout autant à blâmer). La quantification de ce phénomène reste l’aspect intéressant de cette étude.

Mais, un gros problème reste en suspens. Quid des journaux à abonnements? L’expérience n’a pas été conduite pour ces journaux qui auraient pourtant constitué un contrôle des plus légitimes. Ces journaux trainent aussi leurs casseroles. Science a publié un article sur les bactéries à l’arsenic qui s’est révélé être scientifiquement invalide démontrant que la revue par les pairs a tout autant de chances de ne pas fonctionner dans des journaux historiques comme Science. Les mauvaises pratiques de géants de l’édition à abonnement comme Elsevier (qui édite par exemple Cell, mais pas Science) sont aussi nombreuses: création de faux journaux pour publier des études de groupes pharmaceutiques, vente groupée de journaux dont tout le monde se désintéresse,…

Le fait que ces journaux n’aient pas été étudiées démontrent que Bohannon avait identifié une cible avant même de commencer. Démontrer que des journaux déjà connus (et listés pour la plupart) pour être peu éthiques le sont effectivement ne fait pas avancer le schmilblick. Pour le coup affirmer que la majorité des journaux open access, remettant en question les bases du modèle économique de Science, sont peu scrupuleux relève avant tout du dessein politique et non de la démarche scientifique. le journal Science, relayant cette étude biaisée n’en ressortira certainement pas grandi.

Enfin, comme l’indique toutefois le titre de l’article de Science, l’une des réelles cibles est avant tout le système de revue par les pairs qui se montre ici défaillante tout comme elle se montre parfois défaillante dans de nombreux journaux (dont Science, cf les bactéries à l’arsenic), en accès libre ou payants.

Pour aller plus loin:

La catégorie politique de publication sur le blog Tout se passe comme si
Un billet (en anglais) de Michael Eisen sur l’amalgame open access/revue par les pairs
Un article de Bjorn Brembs indiquant que Science avait refusé préalablement un de leur article bien plus détaillé sur le sujet
Beaucoup de réactions ( exemple) ont été publiées de manière générale. N’hésitez pas à les partager en commentaires.

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