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Daemon, quand un logiciel prend le pouvoir

Par | Catégorie: Littérature | Le 19 sept 2013
daemon-daniel-suarezCouverture du livre Daemon

Pour développer ma série « Littérature » parlant de romans à forte composante scientifique et/ou technologique je viens aujourd’hui vous parler du livre Daemon, publié en 2006 par Daniel Suarez , consultant en technologie. Cette fiction anticipe l’impact que pourrait avoir un programme informatique dirigeant par lui seul un ensemble d’entreprises, hommes et infrastructures par le biais d’internet. A l’heure des révélations sur le programme de surveillance PRISM, on en vient à douter de la place de cette oeuvre dans les rayons Science Fiction.

L’intrigue

Matthew Sobol est un développeur de jeux vidéo de génie. A sa mort, à seulement 34 ans, il laisse derrière lui une immense fortune et plusieurs jeux vidéo à succès. Mais il laisse aussi un programme, Daemon, qui va lui permettre de continuer à laisser son empreinte sur le monde après sa mort.
Rapidement, Daemon, doté d’une intelligence artificielle de pointe, envoie des instructions à différentes machines par le biais d’internet et commence son action: il recrute du personnel, effectue des virements bancaires, prend le contrôle d’entreprises et… tue. Le monstre informatique se déploie et il va rapidement tenter d’étendre son emprise sur le monde.

Le contenu scientifique

Plus que de la science, ce roman regorge de connaissances technologiques, en particulier dans le domaine de l’informatique, des réseaux et d’internet. Les faits exposés et détaillés représentent une version réaliste de l’importance des outils technologiques dans notre quotidien. Vos ordinateurs hébergent un grand nombre d’informations personnelles: vos données bancaires, vos fichiers personnels, vos activités culturelles,… Suarez dresse d’abord un état des lieux des manières dont des personnes mal intentionnées peuvent exploiter ces données en utilisant des outils informatiques au final souvent assez simples d’utilisation. Entre connaissances personnelles et vérifications, j’ai pu me rendre compte que la majeure partie des technologies et techniques décrites sont véridiques: on peut facilement pirater votre réseau wifi, se connecter sur votre ordinateur, en deviner le mot de passe, consulter vos fichiers et voler vos données bancaires. Aussi, il est tout à fait possible qu’un ordinateur vous téléphone et converse avec vous (comme le super-ordinateur Watson), qu’il vous effectue un virement bancaire, qu’il bloque l’accès à des bâtiments ou effectue des actions pouvant entrainer la mort d’individus. De même un programme peut se propager automatiquement et de manière virtuellement invisible via un réseau tel internet.

Tous ces aspects font partie des différents élément décrits dans le roman et constituent à la fois une source d’apprentissage conséquente et une mise en garde quant à l’usage non éclairé de certaines technologies. Seule petite ombre au tableau, certains passages ne sont que peu ou pas vulgarisés et utilisent du jargon technique qui pourrait laisser certains lecteurs sur leur faim.

Une projection vraisemblable?

A la lecture du précédent paragraphe, certains d’entre vous se sont peut être dit: « oui bon, tout ça on le sait depuis longtemps ». Il ne faut dans ce cas pas oublier de ce livre a été publié en 2006 (et donc certainement écrit un peu avant). A cette époque pas si lointaine, Facebook commençait tout juste son expansion hors des USA, Twitter n’était qu’une énième nouvelle start-up, Youtube était racheté par Google et le programme PRISM n’existait pas sous sa forme actuelle. Ce livre écrit alors que le grand public n’avait pas encore pour habitude et partager ouvertement sa vie sur internet montre que l’auteur avait déjà une vision déjà éclairée des possibilités et dangers qu’offraient un monde tout connecté. Le partage volontaire de données de la part des citoyens est peut être le seul aspect manquant et non anticipé de cette oeuvre, pour le reste tous les composants du roman sont plausibles.

Un des « personnages » central du roman est en fait Daemon, le programme informatique déployé sur de nombreuses machines (à l’image d’un virus) et qui coordonne l’action de plusieurs agents recrutés tout en ouvrant des brèches dans de nombreuses infrastructures informatiques en allant de l’ordinateur d’un commissaire de police aux serveurs d’une multinationale. Il réagit aussi aux informations diffusées sur internet pour décider de ses actions futures.

Le piratage informatique est monnaie courante et l’introduction automatisée dans des systèmes protégés est une réalité (que ce soit pour deviner des mots de passes ou les soutirer à leurs détenteurs par ingénierie sociale. De même des ordinateurs peuvent brasser de manière automatique de grandes sommes d’argent ou acheter des actions en bourses. Récemment, le piratage du compte de l’Associated Press (l’AFP états-unienne) et la diffusion d’une fausse information concernant un attentat à la maison blanche a créé un mini-krach à Wall Street. Le trou financier temporaire de plus de 100 milliards de dollars semblerait être du à des ordinateurs-traders réagissant automatiquement à l’actualité diffusée sur internet montrant l’importance et l’impact des programmes informatiques dans notre quotidien et leur capacité à analyser l’actualité en temps réel (mais aussi à se tromper).
Le roman met aussi en scène des voiture auto-pilotées s’aidant des signaux GPS et de caméras, une description avant l’heure des prototypes de Google Car (cependant, en 2006, de tels projets étaient déjà en cours).

La liste ne s’arrête pas là et les exemples nous rappelant certains faits divers sont légion, nous rappelant que les éléments de ce roman sont tout à fait plausibles. Le scénario dans son ensemble reste quant à lui moins vraisemblable. Si les différents éléments pris séparément sont crédibles, l’existence d’un programme unique quasi infaillible développé en quelques années par une seule personne est hautement invraisemblable. Un programme de la sorte contrôlant à la fois humains et entreprises verra peut être qui sait le jour mais il est peu probable que cela se fasse à l’échelle de quelques années seulement.

Pour résumer

A mi-chemin entre fiction et science-fiction, ce roman présente une vision sombre de ce que pourrait être une société après l’atteinte de la singularité technologique, un avant-goût cyber-punk moderne d’une société future où les individus dépendront de manière quasi religieuse d’un ensemble de programme informatiques. Une lecture hautement recommandée.

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