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A la quête d’ADN de dinosaure

Par | Catégorie: Actualité, Biologie, Historique | Le 26 oct 2012

En préambule d’un article à paraitre la semaine prochaine sur la résurrection d’espèces éteintes dans le cadre de la semaine thématique du C@fé des sciences ayant pour sujet la mort, voici un article débattant de la possibilité de retrouver de l’ADN d’espèces disparues depuis plusieurs dizaines de millions d’années à l’image des dinosaures. Et l’actualité a été riche dans ce domaine au cours des dernières semaines!

De l’ADN bien trop fragile

Retrouver de l’ADN ou des cellules de dinosaures alimente de nombreux fantasmes, livres et films. Pour les scientifiques, cela permettrait surtout de pouvoir étudier l’évolution de ces espèces et, pour les plus aventureux et optimistes, de les cloner.

Pour rappel, les dinosaures, pour les plus jeunes d’entre eux, se sont éteints en masse il y a environ 65 millions d’années. Depuis, nous ne pouvons les étudier qu’à l’aide des fossiles retrouvés dans différentes couches géologiques. Les paléontologues peuvent tirer une quantité d’information assez importante (lisez le DinOblog par exemple pour plus de lecture sur le sujet). Par exemple, on sait que les plus proches descendants contemporains des dinosaures sont les oiseaux. Ainsi, si l’on retrouve de l’ADN de dinosaure il devrait être plus proche de celui des oiseaux que d’autres espèces telles que les alligators, les grenouilles ou les humains.

Une première étude, en 1994, rapportait avoir séquencé un fragment de gène mitochondrial à partir d’un fossile de dinosaure datant d’environ 80 millions d’années. Des suspicions sur le protocole expérimental se firent vite entendre (1, 2) et rapidement l’annonce prit du plomb dans l’aile. En effet, l’ADN séquencé ressemblait fortement à de l’ADN de champignon et était donc plus vraisemblablement présent en raison d’une contamination qu’à la réelle présence d’ADN de dinosaure.

L’incapacité de retrouver et déterminer la séquence d’ADN de dinosaures pourrait bien trouver une explication simple si l’on se fie aux résultats d’une récente étude. Des chercheurs australiens et néo-zélandais ont en effet déterminé que la molécule d’ADN avait une demie vie de seulement 521 ans, période après laquelle plus de la moitié de ces molécules est dégradée. En modélisant la cinétique de dégradation de l’ADN ces chercheurs ont pu prédire que la molécule d’ADN disparait totalement après 6,8 millions d’années et que la quantité infime restant après 1,5 millions d’années serait déjà difficilement exploitable. Selon ces prédictions, il est donc du domaine de l’impossible de retrouver de l’ADN dans des fossiles de dinosaures disparus il y a 65 millions d’années, soit il y a 10 fois plus longtemps que l’espérance de vie estimée de l’ADN.

Pas d’ADN mais des cellules?


Cette cellule a-t-elle un jour appartenu à un dinosaure? Plus d’études seront certainement requises pour le savoir…

Cependant, d’autres révélations récentes viennent remettre ces conclusions en doute. En 2005 déjà, une équipe menée par Mary Schweitzer annonçait avoir trouvé des tissus mous (comprendre un ensemble de cellules) dans des os de Tyrannosaure Rex. Qui dit cellule complète dit aussi protéines, ADN,… Bref, tout ce qui définit le fonctionnement d’un être vivant! Mais tous n’accueillirent pas cette étude avec le même enthousiasme, certains avançant que les cellules observées pouvaient être des contaminations tout comme les tissus visibles pouvaient être des biofilms composés de bactéries.

Qu’à cela ne tienne, la même équipe revenait à la charge. Cette fois ci ils présentaient la séquence de protéines issues de ces fameuses prétendues cellules de T rex (mais aussi d’un mammouth). Les séquences de collagène ainsi identifiées présentaient des similarités avec celles d’autres espèces comme le poulet. Mais aussi de grenouille, de poisson ou de souris. Bref un joli mélange que certains n’hésitèrent pas à pointer du doigt (1 et 2). Parmi les principaux arguments était avancé le fait que seules quelques séquences étaient présentées là où des expériences de la sorte en génèrent des milliers. Et sur ces milliers quelques unes sont vraisemblablement fausses et cela peut être testé. Or, à l’époque, aucun test ne semblait avoir été effectué et plusieurs de ces séquences présentées furent invalidées par les mêmes auteurs par la suite.

Faute d’avoir réellement convaincu lors des deux premières tentatives, l’équipe emmenée par M. Schweitzer récidive et propose cette semaine une nouvelle série d’analyses. Cette fois ci, adieu la prestigieuse revue Science, la nouvelle étude est publiée dans la bien plus modeste revue Bone. La cible de cette étude est toujours les protéines présentes dans les cellules osseuses supposées appartenir à un T-rex. Les auteurs montrent par exemple que des anticorps visant des protéines d’oiseaux ou d’animaux révèlent la présence de ces protéines au sein de ces cellules. Ils déterminent aussi la séquence de portion de nouvelles protéines, non décrites la fois passée. Enfin, à l’aide d’autres anticorps, ils rapportent la présence d’ADN dans la cellule.

Alors y a-t-il de quoi sauter au plafond ce coup ci? A t’on trouvé de l’ADN de dinosaure? Pas si sur…
Tout d’abord la spécificité des anticorps est avancée mais non testée. Si par exemple l’utilisation du même anticorps sur des cellules humaines entrainait une réponse, rien ne permettrait de distinguer de quel espèce vient l’ADN. De plus, rien n’indique que les protéines ne proviennent pas d’un oiseau, dans la mesure où les anticorps utilisés ciblent soit des protéines animales en général ou d’oiseau pour certains.
Ensuite, les portions de séquences protéiques présentées ne permettent pas de définir de quelles espèces elles proviennent. Elles ne représentent en effet que des portions conservées à l’identique entre de nombreuses espèces d’animaux. En d’autre mots, il est impossible de dire ces protéines proviennent d’une mouche, d’un ver, d’un homme, d’un poulet ou d’un dinosaure.
Enfin, si il est intrigant de voir que de l’ADN a été localisé, il serait extrêmement intéressant de le séquencer. Les séquences d’ADN étant généralement moins conservées que les séquences des protéines, il devrait être beaucoup plus simple d’identifier de quelles espèces vivantes cet ADN se rapproche le plus. La faible quantité de matériel disponible peut évidemment être un frein mais des techniques de séquençage à partir d’une seule cellule commencent à voir le jour. Si cet ADN provient effectivement de dinosaures son séquençage sera certainement l’une des preuves les plus probantes de son origine.

En attendant cette étude nous laisse sur notre faim. Les seules réelles conclusions qui peuvent en être tirées sont que ces cellules sont certainement animales et non microbiennes (ce qui enlève une source potentielle de contamination). Si l’on peut s’étonner qu’en 7 ans et 3 études ce groupe n’a pour le moment pas réussi à fournir de preuves convaincantes quant à l’origine de ces cellules, il ne faut cependant pas oublier que la science demande justement du temps, des contrôles et souvent des erreurs avant d’arriver à des conclusions solides.
Dans le cas de ces cellules, il faudra certainement attendre les résultats de prochaines études avant d’avoir des preuves plus définitives. Et l’attente, il est sur, sera grande.

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2 commentaires »

  1. et si tout simplement la datation des dinosaures etait fausse? voir site de acambaro

  2. Super idée de traiter ce sujet,merci pour tout ces explication !

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